Cher Tom,

Tu as dit avoir appris à incarner différents personnages musicaux sans avoir l’impression de te perdre en eux. Que c’était comme découvrir toute une famille qui cohabite en soi.

Et bien moi, je me suis glissée dans tes chansons comme dans un vieux costard de bonne facture. Un luxueux costard d’homme qui épouse mes formes de femme comme si c’était moi qui l’avait usé.

Il y a deux autres chapeaux aux cotés de mon panama.

Un stetson marron cabossé, assorti à ses bretelles et à ses godillots. Il se confie peu. Il joue de la guitare merveilleusement, avec tous ses doigts, et aussi du banjo. Le banjo, c’est charmant et c’est grinçant, c’est agressif et poétique.

Le troisième chapeau est melon. La chemise à jabot, les souliers sont vernis. C‘est un dandy-trombone. Il glisse sur le monde comme avec des patins sur un parquet verni.

Le quatrième avance tête nue, l’œil hagard et le cheveu hirsute. Il éclaire et obscurcit, il floute, découpe, il est soudeur de lumière et forgeron, et parfois, à l’ombre d’une chinoise, il s’attendrit.

A nous quatre, nous dépouillons tes chansons, et puis les rhabillons à peine, quelques voiles pour la suggestion, et mieux laisser apparaître leurs magnifiques squelettes.

Je t’envoie mes pensées, les douces, les noires, les étranges, les vicieuses et les romantiques.

Love always,

Alex